Siegfried grandit loin des hommes, élevé parmi les loups par le nain Mime, sans savoir encore tout ce que son nom porte de dieux, d'or maudit et de fin du monde. Alex Alice reprend ici la grande légende des Nibelungen en la ramenant à hauteur de personnage : un enfant sauvage, une forêt immense, puis la route qui s'ouvre vers le dragon, les walkyries et les royaumes en guerre. Le ton est celui d'une fantasy ample, mais toujours tenue par le destin très concret d'un garçon qui cherche d'où il vient.
Après Le Troisième Testament, Alex Alice se lance seul dans cette relecture du Ring de Wagner, qu'il transforme en trilogie chez Dargaud. Le premier volume paraît en 2007, puis La Walkyrie en 2010 et Le Crépuscule des dieux en 2011. Auteur complet sur la série, il y déploie un dessin spectaculaire sans lâcher la lisibilité du récit, ce qui compte beaucoup sur une histoire aussi chargée en dieux, en malédictions et en batailles.
Siegfried n'est pas une série-fleuve : en trois albums, tout est dit, et c'est aussi ce qui fait son intérêt en collection. Le livre a gardé une belle place dans la bibliographie d'Alex Alice, au point que la couverture du tome 3 a reçu un Spectrum Gold Award en 2012. Pour lire l'ensemble aujourd'hui, on peut suivre les trois albums d'origine chez Dargaud ou viser l'intégrale, pratique pour avoir d'un bloc cette variation française, très personnelle, d'un des grands récits du Nord.