Ivan Isaacs n’a plus grand-chose d’un homme de foi : c’est un prêtre déchu, possédé, qui traverse un Ouest ravagé par les démons, les morts qui se relèvent et les règlements de comptes. Priest suit cette cavale noire, entre saloons, cimetières et visions d’apocalypse, avec un héros qui avance comme s’il avait déjà un pied en enfer. Le ton est sec, violent, parfois fiévreux, et le dessin pousse ce Far West fantastique vers quelque chose de vraiment à part.
La série est l’œuvre du Coréen Hyung Min-woo, surtout connu pour ce titre, dont le trait nerveux et cassé a marqué beaucoup de lecteurs de manhwa. Priest démarre en 1998 dans le magazine Comic Champ, avant d’être publié en volumes par Daiwon C.I. en Corée. En France, l’édition la plus visible arrive chez Tokebi à partir de 2003, dans un format de poche noir et blanc qui colle bien à son ambiance de cauchemar poussiéreux.
Le parcours éditorial de Priest reste particulier : la série coréenne compte 16 volumes, mais l’édition française Tokebi s’est arrêtée au tome 12, ce qui en fait chez nous une collection incomplète. Le titre a aussi connu une adaptation cinéma américaine en 2011, très libre par rapport au manhwa. Pour un collectionneur, c’est le point clé : l’édition Tokebi se repère facilement, mais elle ne couvre pas toute l’œuvre ; les volumes français demandent donc surtout d’être envisagés comme le témoin d’une période où le manhwa cherchait encore sa place en librairie.