Lapinot a l’allure d’un grand lapin un peu raide, mais il traverse le monde avec l’obstination des vrais héros de comédie. Dans Les formidables aventures de Lapinot, Lewis Trondheim le promène d’un western urbain à un récit d’espionnage, d’une virée sentimentale à une aventure plus sombre, sans jamais perdre ce mélange de maladresse, de panique et de courage. On entre là dans une série où tout peut bifurquer très vite, avec des dialogues qui sonnent juste et des personnages qu’on suit comme des copains.
Lewis Trondheim, cofondateur de L’Association et figure majeure de la BD d’auteur française, lance Lapinot d’abord hors Dargaud avec Lapinot et les Carottes de Patagonie en 1992, avant d’installer Les formidables aventures de Lapinot chez Dargaud au milieu des années 1990. La série compte parmi les œuvres qui ont fait passer Trondheim d’auteur de l’underground à nom central du neuvième art français, sans qu’il perde son sens du rythme ni son goût pour les récits de travers.
Avec le recul, Lapinot a gagné une vraie place dans l’histoire récente de la BD francophone. La série a reçu le Prix de la série au Festival d’Angoulême en 2005, juste après La Vie comme elle vient, album resté célèbre pour sa fin brutale. Pour un collectionneur, il faut surtout distinguer les albums Dargaud de la première série et Slaloms, publié plus tard comme tome 0 après avoir d’abord existé sous une autre forme : un détail utile, parce que l’ordre de parution et l’ordre de lecture ne se recouvrent pas tout à fait.