Au milieu d’une Russie soviétique passée à l’absurde, Vassili vit, râle, se débrouille et finit toujours par se cogner à plus bureaucrate que lui. Le Goulag suit ce héros malmené dans un monde de chefs obtus, de règlements fous et de combines de survie, avec un humour noir qui tape juste. On est dans la farce politique, mais racontée à hauteur d’homme, avec des gueules, des engueulades et des situations qui dérapent très vite.
Derrière la série, il y a Dimitri, pseudonyme de Guy Mouminoux, auteur français déjà très actif dans la BD bien avant ce virage satirique. Le Goulag démarre en 1975 et circule d’abord en prépublication dans plusieurs journaux pour adultes, notamment Charlie mensuel, L’Hebdo de la BD et L’Écho des savanes, avant de passer en albums chez les éditeurs liés à ces titres, dont Albin Michel. Cette trajectoire éditoriale mouvante raconte bien la BD adulte française de ces années-là, encore très dépendante des magazines.
Avec le recul, la série reste surtout comme l’un des grands terrains de jeu de Dimitri, celui où sa satire politique trouve sa forme la plus libre. La prépublication s’essouffle au tournant des années 1990, et les épisodes suivants paraissent directement en albums ; un Goulag 0 sortira plus tard chez Taupinambour avec des inédits et un entretien de l’auteur. Pour un collectionneur, le bon repère est simple : les premiers albums liés à L’Écho des savanes/Albin Michel forment le cœur historique de la série, avant les reprises ultérieures chez Glénat puis Taupinambour.